Erró photographié par Didier Gicquel au Centre Pompidou.
Jusqu’au 24 mai, à la Galerie d’art graphique, le Centre Pompidou (www.centrepompidou.fr) célèbre l’artiste islandais Erró par une exposition consacrée à ses collages. Erró, 50 ans de collages présente pour la première fois cet aspect peu connu mais prolifique et original de l’œuvre de l’artiste. Le Musée national d'art moderne, qui vient de recevoir d’Erró une donation de 66 collages, offre pour la première fois au public de découvrir un ensemble très représentatif de son œuvre découpé et collé. Les collages d’Erró, datant de 1958 pour les plus anciens jusqu’aux plus contemporains, puisent à des sources variées, principalement dans la presse. Erró allie notamment dans sa série des mécamakeup des visages de mannequins découpés dans des titres féminins à des éléments mécaniques tels des objectifs d’appareil photo ou des carrosseries de voiture. Des « comics » américains ou des images de propagande chinoise, russe ou cubaine voisinent avec des chefs-d’œuvre de la peinture classique, des revues scientifiques ou encore des images publicitaires. Favorisant des chocs visuels et mêlant les temps et les espaces, Erró crée des œuvres cocasses ou troublantes, largement empreintes d’humour et de dérision. Éminemment politique et critique, l’œuvre d’Erró dénonce la guerre (de celle du Vietnam à l’invasion américaine en Irak), les pouvoirs totalitaires (cubain, chinois, russe…) ou la consommation de masse. La conquête spatiale lui inspire aussi de nombreux collages où des cosmonautes côtoient des odalisques d’Ingres. L’exposition s’articule autour de cinq thèmes reprenant les principales sources d’inspiration d’Erró: « Mécacollages », « Conquêtes », « Politique », « Arts » et « Comics ».
Né Islandais en 1932, Erró (de son vrai nom Gudmundur Gudmundsson), s’installe définitivement à Paris en 1958 après une formation à l’École des Beaux-Arts de Reykjavík, puis à Oslo, et un long séjour en Italie. Mis en contact avec le mouvement surréaliste il entreprend dès cette période ses premiers collages à partir de revues scientifiques, de brochures techniques ou d’illustrations de magazines. Cette production, qui réactive avec éclat les collages dadaïstes des années 1920, fait l’objet sous le titre « Mécamorphoses » de sa première exposition personnelle à Paris en 1960. Dès cette époque, Erró décide de transposer ces collages en peinture, selon un processus qui s’impose bientôt définitivement dans sa production. Désormais aucune de ses peintures ne se conçoit sans ces esquisses d’un nouveau genre. À partir des années 1970, leur style évolue sensiblement quand apparaissent dans l’œuvre découpé d’Erró d’autres sources visuelles comme la bande dessinée américaine ou des images de propagande révolutionnaire. Éminemment politiques, ce qui ne surprend pas de la part d’une figure majeure du mouvement « Figuration narrative », les collages d’Erró moquent la culture marchande de masse, dénoncent les désastres de la guerre (Vietnam, Guerre froide, Irak) ou tournent en dérision les pouvoirs totalitaires, mais s’attachent aussi dans des séries non moins imaginatives à détailler le monde de l’art.
Agence Patrick Jouin. Vidéo présentée en amorce de l’exposition.
Au même étage et aussi jusqu'au 24 mai, l'exposition de Patrick Jouin, La substance du design, conçue en étroite collaboration avec le designer et son équipe, met en évidence la méthodologie d'une oeuvre en présentant une vingtaine de projets au travers de plate-formes matérielles et visuelles emblématiques de la production de l'Agence, créée voilà dix ans par Patrick Jouin. Le public découvrira ainsi les coulisses d'une agence de design qui manie des objets, des scénarios, des textes, des dessins, des projections, des échantillons, des prototypes, des maquettes, invente entre eux des dialogues, formant ainsi la chimie/ l'alchimie de la création.
Né en 1967, Patrick Jouin est l'un des protagonistes majeurs du design contemporain, sur les scènes française et internationale. Depuis 1999, son agence parisienne se distingue par la diversité de ses activités : design d'aménagement, architecture, design industriel, artisanat, scénographies, mobilier urbain ... Ainsi, l'Agence Patrick Jouin ID a participé à de nombreux projets urbains engagés par la Ville de Paris tels les nouvelles toilettes publiques ou encore les stations Vélib', mais également à des commandes plus artisanales nécessitant un savoir-faire spécifique. Le geste artisanal d'un céramiste ou d'un verrier côtoie les processus industriels de dernière génération.
Lucian Freud, travaillant la nuit, photographié par David Dawson, en 2005.
D'autre part, du 10 mars au 19 juillet, le Centre Pompidou va rend un hommage inédit à Lucian Freud, l'un des plus grands peintres contemporains, aujourd'hui âgé de 88 ans. Lucian Freud figure parmi les artistes vivants les plus importants au monde et n'avait pas été exposé en France depuis la dernière rétrospective déjà réalisée par le Centre en 1987, voilà un quart de siècle, alors même que sa renommée n'a cessé de croître et que la place éminente qu'il occupe s'inscrit sans conteste dans l'histoire de l'art et de la peinture. L'exposition présente un ensemble exceptionnel de chefs-d'œuvre, composé d'une cinquantaine de peintures de grands formats, complétées par une sélection d'œuvres graphiques et des photographies de l'atelier londonien de l'artiste, en provenance, pour la plupart, de collections particulières. L'exposition s'organise autour du thème de l'atelier, ce huis clos qui fonde la peinture et la pratique de Lucian Freud. Elle réunit, dans un espace de plus de 900 m², les principales grandes compositions du peintre dites Large Interiors, les variations autour des maîtres anciens, la série des autoportraits et les récents et imposants portraits de Leigh Bowery ou de Big Sue, sommets picturaux de l'artiste. Un parcours d'exposition organisé en quatre sections. 1. Intérieur / Extérieur. La première salle s'ouvre sur un ensemble étonnant de paysages urbains et de vues d'atelier. Parmi ces œuvres, Wasteground with Houses, Paddington, 1970-1972 et Factory in North London, 1972, représentent la New London avec ses terrains vagues remplis d'ordures et les bâtiments de la banlieue londonienne avec leurs multiples étages et leurs façades aveugles. L'atelier, dépeint avec son mobilier, ses plantes vertes, ses surfaces de murs, de planchers, constitue le cadre réflexif d'un face à face intense avec le modèle. La puissance de la peinture de Lucian Freud réside dans cette tension étroitement surveillée entre distance et intimité. 2. Réflexion / Reflection. La force et la complexité des autoportraits de Lucian Freud relèvent de cette tension entre intériorité et représentation, entre réflexivité et mise à distance ironique. Ponctuant régulièrement son travail, les autoportraits offrent de multiples variations autour du dispositif du miroir, du portrait frontal en buste en passant par les représentations furtives du peintre au détour d'un reflet dans l'angle d'une composition. Il en est de même pour les mises en scène parodiques du peintre nu dans ses godillots, palette à la main, brandissant son pinceau ou encore du vieux maître poursuivi par les ardeurs d'une jeune modèle, nue. L'artiste affirme que «pour se représenter soi-même, il faut essayer de se peindre comme si on était quelqu'un d'autre. Dans l'autoportrait, la "ressemblance", c'est autre chose. Je dois peindre ce que je ressens sans tomber dans l'expressionnisme.» 3. Reprises. Étudiant rebelle, à rebours des mouvements artistiques contemporains, Lucian Freud a longtemps inscrit sa peinture dans un corps à corps avec le motif, dans l'observation intense du modèle familier, ami ou membre de sa famille, au cœur caché et isolé de l'atelier. C'est à partir des années 1980 qu'il subsume et dépasse le caractère autobiographique de son œuvre par de grandes compositions qui interrogent la peinture, son inscription dans une histoire spécifique. Dans cette section, l'ensemble d'œuvres - gravures, dessins, peintures - forme autant de relectures autonomes de tableaux choisis, L'après-midi à Naples de Cézanne, une étude de tronc de Constable, un dessin de Picasso ou encore La Maîtresse d'école de Chardin. De la copie libre à l'interprétation radicale du tronc d'Orme en buste de jeune fille, en passant par la scène rejouée de manière volontairement maladroite dans le cadre trivial de l'atelier, sorte de «tableau vivant», ces variations ouvrent une réflexion des plus subtiles sur la peinture aujourd'hui en tant qu'art et en tant qu'histoire ou tradition. 4. Comme la chair / As Flesh. Dans la lignée des Large Interiors ou des compositions d'après les «maîtres», la production de Freud à partir des années 1990 compte des tableaux très ambitieux mettant en scène plusieurs personnages, dont le fameux performer Divine, Leigh Bovery, et son amie Big Sue, surnommée par le peintre «Benefits Superior», selon d'énigmatiques scénographies. Sa propre «peinture d'histoire»... Le parcours de l'exposition se conclut par la présentation de deux films : Small Gestures in Bare Rooms de Tim Meara, 2010 (10', couleur, 16mm), parcours lent et silencieux de l'atelier de Holland Park, et celui de David Dawson, assistant de l'artiste, montrant Lucian Freud dans son atelier, (5'). La dernière salle révèle un ensemble de photographies de l'atelier de l'artiste par David Dawson.
Le metteur en scène japonais.Takeshi Kitano dans son film « Hana-Bi, 1997.
Du 11 mars au 27 juin, toujours au Centre Pompidou, rétrospective cinématographique consacré au metteur en scène japonais Takeshi Kitano. D'abord humoriste sur scène, puis vedette du petit écran collectionnant frasques et provocations, acteur à la télévision et au cinéma, Takeshi Kitano est un cinéaste aussi intuitif que génial, un tragicomique passé maître dans l'art de l'ellipse. S'essayant avec virtuosité à tous les genres, Kitano est l'auteur de films de gangsters épurés (Sonatine, Hana-Bi...), d'une romance adolescente (A Sceneat the Sea), d'une pochade obsédée par le sexe (Getting Any ?), d'un conte mélodramatique (Dolls), d'un film de sabre (Zatoichi), de comédies autoparodiques (L'Été de Kikujiro, Takeshis'...), il est également peintre,éditorialiste, et même chanteur à ses heures... Sa double signature, « Beat Takeshi » pour la télévision et la comédie, « Takeshi Kitano » pour le cinéma « sérieux», ne saurait suffire à organiser ses identités multiples. La synthèse que réalise cet artiste n'a pas d'équivalent. Il prend des risques, pousse loin l'expérience des contraires, met sa création, son image et sa raison en jeu. Le Centre Pompidou va présenter la rétrospective la plus complète jamais réalisée du travail de cinéaste et d'acteur de Takeshi Kitano, au moment où l'artiste présente une exposition à la fondation Cartier. Du mois de mars au mois de juin, le Centre Pompidou propose chaque semaine, du jeudi au dimanche, de visiter les mondes de Kitano avec pour guides des cinéastes, des acteurs, des chefs opérateurs, des monteurs, mais aussi des artistes, des philosophes, critiques et auteurs.
Lisette Model : Nick’s, New York, début années 40. >Elliott Erwitt : California, USA, 1955.
Nous allons continuer avec la photographie. Jusqu'au 6 juin, le Jeu de Paume (www.jeudepaume.org) consacre son exposition principale à Lisette Model (1901-1983). Pour cette photographe américaine d'origine autrichienne, la photo permet de traquer les aspects d'une réalité en perpétuel changement. Photographiant de manière instinctive, audacieuse et directe, elle produit des images sans concession, mais chargées d'humanité qui lui confèrent une place à part dans le courant de la Street Photography qui se développe à New York pendant les années 40. L'exposition présente, à travers une sélection de tirages vintage, les travaux les plus représentatifs de Lisette Model, depuis ses premières photographies réalisées à Paris (1933) et sur la Promenade des Anglais à Nice (1934), jusqu'aux images plus tardives réalisées aux États-Unis entre 1939 et 1956, à New York (Lower East Side, Coney Island, les bars populaires, les passants) ou à l'Opéra de San Francisco.
> Programmation multiple à la MEP (www.mep-fr.org) : entre autres, « Personal Best » du grand photographe américain Elliott Erwitt et la série « L'Afrique héroïque » de Philippe Bordas. Avec plus de 130 œuvres, dont de nombreux tirages d'époque très peu vus, l'exposition retrace l'ensemble du parcours d'Elliott Erwitt depuis soixante ans, à travers une sélection de ses images préférées. Photographe depuis 1948, membre de l'agence Magnum Photos depuis 1953, il est un observateur vif et espiègle de la vie quotidienne ; on trouve parmi ses sujets de prédilection les enfants, les chiens, la plage, la politique et les célébrités. Témoin des grands événements du 20e siècle, ce maître de l'instant est aussi un infatigable homme d'esprit, un humoriste subtil et poétique dont le travail mêle satire et mélancolie. Elliott Erwitt a également réalisé des films documentaires, consultables, pour certains, à la vidéothèque de la MEP. Jusqu'au 4 avril. Écrivain et photographe, Philippe Bordas a débuté son itinéraire africain dès 1988, partageant le quotidien des boxeurs kenyans de Mathare Valley, le plus grand bidonville d'Afrique. En 1993, il rencontre l'artiste écrivain Frédéric Bruly Bouabré, dont il célèbre le parcours poétique dans « L'invention de l'écriture » (Fayard, 2010). De 1994 à 1999, il pénètre le monde fermé des lutteurs du Sénégal. Les destins croisés des boxeurs et des lutteurs constituent la trame du livre « L'Afrique à poings nus » (Seuil, 2004. Prix Nadar), premier volet d'une trilogie éditoriale en cours exposé en 2004 à la Maison Européenne de la Photographie. Début 2001, à Bamako, Philippe Bordas découvre l'armée ressuscitée des chasseurs, venus de tout l'Ouest africain, qui ne s'étaient pas retrouvés depuis près de sept siècles. Il va suivre leurs pérégrinations pendant sept années. L'exposition rassemble ces trois travaux menés en Afrique entre 1988 et 2008. Jusqu'au 4 avril.
Dossier préparé par Jean-Pierre Frimbois.

Paris > Expositions printemps 2010
