
Paris diadème : Audrey Marnay, Denfert-Rochereau, mars 2009.
Joyau de l'art gothique : Inge van Bruystegem, Tour du palais de Justice, mars 2009.
Tenue de gala : Monica Belucci, Le Meurice, février 2009.
© Bettina Rheims. Courtesy Galerie Jérome de Noirmont, Paris
Bettina Rheims et Serge Bramly vont présenter « Rose, c'est Paris ».
Nouvelle saga avec la capitale non pas en décor, mais en sujet de fiction.
Une ville au féminin. Sept ans après son ode vibrante à Shanghai, révélée à travers les multiples portraits de ses habitantes, Bettina Rheims présente sa version fantasmée de Paris. Une exposition à la Bibliothèque nationale et un coffret en édition limitée chez Taschen vont constituer les différentes facettes de ce puzzle photo et vidéo coréalisé avec Serge Bramly.
« Rose, c'est Paris » où la vision en noir et blanc d'une ville à la fois secrète et dévoilée. Secret des lieux, ruelles, sous-sols, toitures, intérieurs méconnus de la capitale. Dévoilement des désirs et des corps de Parisiennes qui prennent de multiples visages. Certaines sont célèbres, toutes plus belles et désirables les unes que les autres. Cherchez la femme. Cherchez les femmes... L'envie de Paris est ancienne chez la photographe et son complice de vingt ans, l'écrivain et essayiste Serge Bramly. Pour ce dernier, « il s'agissait d'aborder la ville comme un sujet de fiction en soi et non pas comme un décor. » Au fur et à mesure de leur réflexion, l'entre-deux-guerres et le surréalisme apparaissent comme points de référence. Plus précisément, Fantomas et Marcel Duchamp leur serviront de guides. « Souvestre et Allain, les deux auteurs de Fantomas, nous ont inspirés une certaine façon de travailler » raconte Bettina Rheims, rencontrée avec son partenaire dans son loft-studio du quartier du Marais, à Paris. « Pour rédiger ce feuilleton titanesque, l'éditeur leur avait commandé 30 000 pages. Ils ont travaillé chacun de leur coté, sans pouvoir se relire. Cela a entraîné énormément de confusions dans leur récit qui apparaît comme l'ancêtre du cadavre exquis. À notre tour, nous avons commencé à rédiger des listes de nos envies de Paris. » C'est à Marcel Duchamp que Rheims et Bramly ont emprunté leur titre, un clin d'oeil à Rrose Sélavy (« Éros, c'est la vie ») pseudonyme de l'auteur des ready made. Quelques oeuvres fourniront aussi matière à certains tableaux photographiques. La bagarre d'Austerlitz ou La mariée mise à nu par ses célibataires sont autant de promesse d'images.
Mais revenons à la trame de « Rose, c'est Paris ». Il s'agit de la quête d'une jeune femme, B., à la recherche de sa soeur Rose, qui aurait mystérieusement disparu. C'esttout au moins ce qu'elle prétend. Et si cette jumelle n'était qu'un double de fiction pour s'inventer des aventures folles, angoissantes, et par là même délicieuses ? En treize épisodes, l'héroïne envisage tous les scénarios possibles : enlèvement, victime d'un complot, d'un amour contrarié, mariage... « C'est notre Alice au Paris des merveilles... ou des cauchemars » s'amuse Bettina Rheims, toute de noir vêtue comme son alter ego. Sur le modèle de Fantomas, B. prend de multiples visages pour se fondre dans différents milieux. Elle est tour à tour strip-teaseuse, japonaise, rockeuse punk, religieuse, etc. B. et Rose. B. et R comme Bettina Rheims ou comme les deux premières lettres du nom de son complice.
« C'est notre projet le plus autobiographique, affirment les deux artistes. Nous y avons mis beaucoup de choses personnelles, des souvenirs, des instants de notre enfance, des lectures ou des oeuvres marquantes. » La photographe a tenu par exemple à inclure des intérieurs Art déco, en hommage à son père qui a beaucoup contribué au regain d'intérêt pour des artistes comme Majorelle. « Je souhaitais aussi photographier le cimetière du Père-Lachaise où mon père nous emmenait enfants voir des sculptures 1900 qu'il adorait. » Cette saga évoque irrésistiblement l'érotisme d'Helmut Newton. L'héroïne, interprétée par une jeune comédienne flamande, Inge van Bruystegem repérée lors d'un casting, croise quelques-unes des plus belles plastiques du moment : Monica Bellucci, Anna Mouglalis, Michelle Yeoh, Naomi Campbell... Quant aux lieux parisiens, à l'écart des circuits touristiques, ils renforcent le caractère mystérieux de l'histoire.
Des magasins de la Bibliothèque nationale aux salons du musée de la Vie romantique en passant par l'intérieur désuet d'une pension de famille qui semble surgir d'un film de Clouzot, Rheims et Bramly ont voulu dévoiler une capitale trouble et méconnue. Pour la première fois, Serge Bramly a troqué la plume pour une caméra vidéo. Tour à tour voyeur ou espion, l'écrivain a filmé ses « tableaux vivants » photographiés par Bettina. Il s'agissait d'enregistrer la scène, en jouant avec les focales ou les angles de vue, mais en intervenant au minimum sur la scène. « Nous voulions que le projet se passe de texte explicatif. Le film a d'abord cette fonction de faire le lien entre les images, de raconter. »
Marc Héneau
BETTINA RHEIMS & SERGE BRAMLY. ROSE, C'EST PARIS.
Du 8 avril au 11 juillet. BnF, site Richelieu, Paris.
Entrée : 7 €. Renseignements : 01 53 79 59 59
Internet : www.bnf.fr



