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Au New Museum de New York > Urs Fischer sur orbite

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Vue partielle de Service à la française, 2009, installation, sérigraphies sur acier chromé. Grand style.
Pas de titre pour ce piano distordu et sa chaise en aluminium peint, réalisé en 2009. Fracture.
Noisette, 2009, langue artificielle, 2009, technique mixte. Humour.

Depuis sa réouverture, en décembre 2007, dans les bas quartiers de l’est de Manhattan (Lower East Side), le New Museum n’avait pas encore réellement réussi à attirer l’attention de la presse et du public malgré une suite d’expositions où figuraient des artistes contemporains d’une notoriété internationale. Si l’extérieur du bâtiment composé de six cubes désaxés (blancs le jour, lumineux la nuit) est impressionnant, ses salles d’exposition, au sol de ciment gris poli et dépourvues d’éclairage naturel, compliquent les décisions d’accrochage. La donne vient de changer avec l’exposition consacrée à Urs Fisher, sous le contrôle du commissaire des expositions spéciales, Massimiliano Gioni, et avec la générosité d’une vingtaine de sponsors pour enfin transformer trois étages du musée en un environemment où l’art domine l’espace. Urs Fisher a réalisé une mise en scène remarquable d’un coût, d’après les rumeurs, tout ausi remarquable, dépassant dit-on les trois millions de dollars.

Né à Zurich en 1973, Urs Fischer, maintenant établi à New York, navigue entre sculpture, trompe-l’œil, photographie, sérigraphie ou installation. Qu’il complète entre autres par la photo et la sérigraphie. Sa capacité exceptionnelle pour orchestrer la production de ses œuvres, combinée à des talents de magicien ingénieux et une vision de metteur en scène l’ont vite propulsé vers les sommets du buzz artistique new-yorkais. Si certains ont évoqué, à son sujet, Warhol, De Kooning ou Kippenberger, Urs Fisher se sent plus particulièrement redevable à Dieter Roth et à Franz West. « Urs Fisher : Marguerite de Ponty » est le titre choisi de cette « introspection » muséale. Une référence à l’un des pseudonymes qu’utilisait le poète Stéphane Mallarmé pour signer ses articles. La cerise sur le gâteau se trouvant au 2e étage, il est conseillé de commencer par le 4e, où, sortant de l’ascensceur, nous sommes confrontés à cinq immenses sculptures en aluminium, à la fois informelles et sensuelles, sur lesquelles nous découvrons d’immenses empreintes digitales. Pour les réaliser, Urs Fisher a serré dans ses mains de l’argile, puis a scanné le résultat qu’il a reproduit en aluminium à une échelle gigantesque.

Par ailleurs, Frozen Pioneer (2009), reproduction surréaliste d’un vieux lampadaire rose qui aurait pris la mollesse d’un corps, semble garder ces sculptures. Fixé au mur, The Lock (2007), ce siège de métro de fin de rangée au-dessus duquel sont mystérieusement suspendus un sac de voyage blanc et un gâteau rose tournant, planté d’une bougie. À l’autre bout de la galerie, un squelette en suspension sur deux énormes cartons qu’il semble vouloir déplacer, titré Violent Cappuccino (2007). Nous sommes en plein symbolisme humoristique contemporain. Arrivée au 3e étage : Noisette (2009) nous tire la langue. Une langue artificielle qui sort d’un trou dans le mur chaque fois que quelqu’un passe devant. Dans cette salle couleur rose violacé, on s’arrête devant un papillon bleu posé sur un croissant en suspension et un grand piano violet à la Dalí qui semble en train de fondre. Les spots d’éclairage sont peints en trompe-l’œil comme toutes les ombres ou les poignées de porte. Pour cette œuvre titrée Last Call Lascaux (2009), Urs Fisher a photographié centimètre par centimètre cet étage qu’il a reproduit en trompe-l’œil sur du papier peint qui fut ensuite posé sur les murs et le faux plafond, recouvrant entièrement cette salle. Un veritable tour de force qu’il avait précédemment réalisé au Palazzo Grassi de Venise avec Verbal Ascetisism en 2007, puis à la galerie de New York de Toni Shafrazi pour Who’s Afraid of Jasper Johns, 2008.

Dernière étape, celle du 2e étage où nous pénétrons un monde style Alice au pays des merveilles : une forêt de photos d’objets, d’aliments, de représentation de stars, de bâtiments ou de livres icôniques, le tout de proportions démesurées avec, entre autres, une effigie de la pop star Ashanti, mais aussi un Titi, une chaussure ou un T-bone steak à taille humaine. Pour une installation de 51 boîtes en acier poli, intitulée Service à la française (2009), il a fallu que Urs Fisher fasse plus de 25 000 prises de vue afin d’obtenir la même qualité de couleur et de précision pour chaque objet sérégraphié sur les cinq pans de ces boîtes d’acier. Voici bien un artiste inventif et de moins de 40 ans : New York adore ce style de défi.

Marie-Pierre Nakamura

 

Urs Fisher : Marguerite de Ponty.
Jusqu’au 7 février 2010.
New Museum, 235 Bowery,New York.
Entrée : 12 $.
Tél. : 001 212 219 1222.
Internet : newmuseum.org