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Claude & François-Xavier Lalanne > Le bestiaire de l'imaginaire

1Lalanne
Photographiés par Pierre BouLat, François-Xavier et CLaude Lalanne chevauchant Les Chameaux, 1978.
En arrière-plan, Le Minotaure.

Remontons le temps. Celui des oignons-montres de Claude Lalanne. Ou celui des premières peintures de François-Xavier Lalanne. Encore plus en arrière, en 1925, année de naissance de celle qui s'appelle encore Claude Dupeux. Sa mère est une excellente pianiste et son père est, par ailleurs, un féru d'alchimie. Une très jolie fille qui va suivre les cours de l‘École nationale des arts décoratifs, puis des cours d'architecture. En 1953, elle croise François-Xavier Lalanne, pendant le vernissage de sa première exposition de peinture. Lui est né à Agen, en 1927. Son père était assureur. Il a suivi les cours de l'Académie Julian et épousera brièvement, en 1948, Eugénie Pompon, descendante du fameux sculpteur animalier François Pompon, célèbre notamment pour ses ours magnifiques. Lauréat du prix Julian de peinture, François-Xavier s'installe à Paris, dans un atelier, impasse Ronsin. Il a comme voisins Jean Tinguely, Larry Rivers et surtout Constantin Brancusi. Les temps sont durs ; il occupera pendant quelque temps le poste de gardien au musée du Louvre et sera à cette occasion, comme il le dit lui-même, « profondément marqué par la figure du scribe des antiquités égyptiennes ».

En 1956, Claude et François-Xavier vont commencer leur travail commun. On remarque leur immense éléphant pour la boutique Christian Dior. On leur commande aussi des chevaux en métal pour La Damnation de Faust de Maurice Béjart. 1964 : première exposition commune à la galerie J IJ pour Jeanne Restanyl. Elle est intitulée « Zoophites » : entrée en piste du fameux Rhinocrétaire de François-Xavier, premier rhinocéros-bureau en tôle de Laiton avec bar, cave à vin, coffre-fort, sans oublier le secret dissimulé dans la corne. De son côté, Claude présente des objets, selon la technique de la galvanoplastie, comme une montre dans un oignon d'argent ou des ceintures d'or avec raisins. Ce qui intrigue le plus les visiteurs est un Choupatte, chou verdâtre en bronze avec pattes de poulets. Le succès est immédiat. L'année suivante, François Xavier montre un autre OVNI au Salon de la jeune peinture : le Cocodoll, un drôle de lit en forme de mouette. Vont suivre le troupeau de Moutons utilisables en siège ou le duo des Autruches en porcelaine. En 1967, ils s'installent à Ury, dans la région parisienne, avec deux ateliers distincts. Ils sont honorés aux États-Unis par l'Art Institute de Chicago. La création continue : François-Xavier s'illustre avec son Hippopotame en plastique bleu, en fait une baignoire avec robinets en cuivre. On entendrait presque ronronner son Grand chat polymorphe. De son côté, en 1969, Claude a imaginé des empreintes et de drôles de bustiers pour la collection automne-hiver d'Yves Saint Laurent. Nous continuons l'inventaire avec des Crapauds, fauteuils en résine de polyester, une œuvre monumentale, celle de deux Pigeons en béton, un magnifique Centaure, un sofa style boîte à sardines, des Chameaux, sans oublier le fauteuil Crocodile.

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RHINOCRÉTAIRE, 1964, laiton martelé, maillechort et corne de rhinocéros. Ouvert: 120 x 250 x 100 cm.

La légende est née : Claude considérée en tant qu'improvisatrice, François-Xavier qualifié de planificateur 1975 sera une grande année : exposition au centre d'art contemporain, prolongée au musée Boijmans Van Beuningen de Rotterdam. C'est l'époque du Babouin-cheminée de François-Xavier et des Pains-pieds de Claude. Dans le catalogue de l'exposition « Artiste/Artisans ? » sise au musée des Arts décoratifs, François-Xavier s'interroge et pose un certain nombre de questions. Peut-on être presque artiste sans être tout à fait artisan et réaliser une œuvre d'art ? Peut-on être en même temps artiste et artisan ? Dans ce cas, en résultera-t-il une œuvre d'art ou un objet d'art ? Peut-on être tour à tour artiste et artisan ? Un travail éventuellement débuté comme objet d'art peut-il finir en œuvre d'art ? Autant d'interrogations pertinentes, mais qui explique sans doute aussi une certaine frilosité du monde muséal français à leur égard puisque le le musée des Arts décoratifs se targue, avec justesse, de proposer la première rétrospective dans un musée parisien consacrée à ceux qu'on appelle depuis longtemps les Lalanne. C'est d'ailleurs ce même lieu qui avait proposé, il y a plus de trente ans, l'exposition « Artiste-Artisan ? », à laquelle ils avaient participé. Signalons quand même que, en leur temps, le musée d'Agen ou celui des Sables d'Olonne, sans oublier la galerie des Ponchettes de Nice, leur ont rendu un hommage certain. Cela dit, reprenons le fil de leur histoire. En 1976, Serge Gainsbourg enregistre le fameux album L'Homme à tête de chou, inspiré de la sculpture de Claude Lalanne qu'il a achetée. Le chanteur effectuera lui-même la prise de vue de l'œuvre d'art qui figurera en couverture de l'album.

Dans les années 1980, on verra Claude et François-Xavier diversifier leurs interventions. C'est à lui que l'on doit, en 1983, les fontaines et les sculptures de l'hôtel de ville de Paris, Il avait été également consulté pour une création d'architecture végétale au Forum des Halles. En 1984, il a aussi imaginé, pour l'hôpital Necker, une fontaine en hommage à Brancusi. En 1985, l'architecte américain Kevin Roche consulte le couple pour un projet de réaménagement du zoo de Central Park à New York, Claude imagine des grilles devenues des lianes, François-Xavier entreprend de revisiter la faune américaine, dont le bison ou le grizzli.

D'autre part, Claude mènera à bout son Jardin des enfants aux Halles. Elle tisse ses variations autour des thématiques de la forêt tropicale, de la planète molle, du monde des sons, de la montagne volcanique, de l'île mystérieuse ou de la Cité interdite. Dans la foulée, elle conçoit la cuirasse du personnage de l'ange pour le film Les ailes du désir de Wim Wenders, En 1987, François-Xavier installe une fontaine monumentale en marbre pour le Hokone Open-Air Museum, au Japon. Elle est intitulée La Pleureuse. En 1991, c'est le château de Chenonceau qui, sur l'initiative de Laure et Jean-Louis Menier, va présenter une centaine de leurs sculptures réparties dans le parc.

Saluons aussi les galeristes qui les ont soutenus : Jean-Gabriel Mitterrand, Guy Pieters, Daniel Templon. François-Xavier n'est malheureusement plus là, lui qui aimait vivre sur une autre planète. Celle où la sculpture était aussi poésie.

Jean-Pierre Frimbois

LES LALANNE. DE LA SCULTURE AUX ARTS DÉCORATIFS
Du 18 mars au 4 juillet. Musée des Arts décoratifs,

107, rue de Rivoli, 75001 Paris. Entrée : 8 €.
Tél. : 01 44 55 57 50, Internet : www.lesartsdecoratifs.fr