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Au musée Maillol > C'est la vie !

Le musée Maillol - avec sa nouvelle directrice artistique, Patrizia Nitti - a pris le parti, avec cette première exposition « C'est la vie ! », de séduire le public en mélangeant art antique, classique, moderne et contemporain. Cette leçon de ténèbre est arrivée à point nommé après « Deadline » au musée d'Art moderne de la ville de Paris.
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Carnet de voyage > Autres maîtres de l'Inde

Les premiers habitants (adivasi en sanskrit) ou peuples des forêts comme on les appelle encore parfois en Inde ont toujours vécu exclus des systèmes de castes, au même rang que les intouchables. C'est aux artistes que le musée du quai Branly consacre, à partir de fin mars, l'exposition « Autres maîtres de l'Inde ». À cette occasion nous avons été invités en novembre dernier, en Inde, à suivre les traces de ces artistes originaires des tribus ancestrales, au confluent des arts premiers et de l'art contemporain. Un voyage de journalistes, bouclé en quatre jours, avec, en cornac, Nathalie Mercier, la directrice de la communication du musée.

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New Delhi > La fameuse India Gate. > Déesse Parvati, bronze, National Museum. > Entrée du National Museum.
> Déesse mère, terre cuite,
2500 av. J.-C., National Museum. > Sculptures ayyanar, terre cuite, National Crafts Museum.
> Relief mural Rajwar en argile
de Sona Bai Rajwar à la fondation Sanskriti Kendra.
> La sculptrice Sona Bai Rajwar. > Le temple du Lotus illuminé.
> Page d'accueil : Flûtiste, installation en pierre de la tribu rajwar de Chhattisgarh. Galerie Veethi Sankul de l'IGRMS, Bhopal.

Jour 1 > New-Delhi. Arrivés à trois heures du matin, nous devons êtes à 9 heures à notre premier rendez-vous. Dans les starting-blocks, nous commençons la visite des salles consacrées à la préhistoire et à la civilisation de la vallée de l'Indus au National Museum (nationalmuseumindia.gov.in). C'est ici que se trouve notamment la célèbre Dancing girl, statuette en bronze vieille de 4500 ans et retrouvée au Pakistan dans les années 1920. Cultes phalliques, cultes de la déesse mère, forme triadique, polythéiste ou brahmaniste : nous parcourons les différentes évolutions de l'Hindouisme à travers plus de 800 statues retraçant plus de cinq mille ans de préhistoire et d'histoire. Nous continuons par la National Gallery of Modern Art (ngmaindia.gov.in) qui, à travers l'exposition « Seeds of Time », retrace l'évolution de l'art contemporain indien. Le premier étage offre un excellent aperçu de l'art traditionnel des miniatures. Le deuxième étage est consacré aux chefs d'œuvres des pionniers de l'art contemporain indien : Rabindranath Tagore, Gaganendranath Tagore, Amrita Sher-gil et Jamini Roy, pour ne citer qu'eux. Nous sommes conviés à un superbe déjeuner à la résidence de l'ambassadeur de France en Inde, à l'occasion du lancement du festival Bonjour India (bonjour-india.com). Nous retrouvons Jyotindra Jain, co-commissaire en Inde de l'exposition du quai Branly avec qui nous allons continuer notre voyage. Ce festival de la France en Inde, dans 18 villes et jusqu'à mi-mars, a été initié par l'ambassade de France et a pour but de refléter la diversité de la France contemporaine, de renouveler son image auprès du public indien et de célébrer la coopération franco-indienne. Mumbai a accueilli l'exposition de Yann Arthus Bertrand « La terre vue du ciel » et on a pu voir à New Dehli une autre exposition « Architecture = Durable », sous l'égide du Pavillon de l'Arsenal. Maintenant, direction le National Crafts Museum (nationalcraftsmuseum.nic.in) qui est consacré à la sauvegarde des techniques ancestrales et au développement de l'artisanat indien face à une industrialisation grandissante. Ses salles abritent une très large gamme de boiseries, bronzes, peintures populaires, objets de la vie quotidienne ou encore une impressionnante collection de textiles. Le quai Branly, lors de l'exposition Autres maîtres de l'Inde va proposer au visiteur un parcours en trois grandes sections. Une introduction, essentiellement composée de photographies, textes et cartes permettra d'illustrer la situation tribale en Inde depuis l'époque précoloniale jusqu'à nos jours. Pêle-mêle, douze univers seront ensuite présentés, consacrés chacun à un peuple. C'est la raison pour laquelle, toujours à New Dehli, nous avons pu rencontrer les femmes artistes de l'état du Chhattisgarh, au centre-est du pays, ainsi que les sculpteurs Ayyanars du Tamil Nadu, au sud. Ce fut au centre culturel SanskritiKendra (sanskritifoundation.org), les artistes travaillaient sur des commandes du musée du quai Branly : bas-reliefs architecturaux en argile présentant des personnages et animaux pour les premières ou de monumentales figurines votives en terre cuite, incarnant éléphants et chevaux, en grandeur nature pour les seconds. Il est près de 22 heures lorsque nous regagnons l'hôtel Claridges.

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Bhopal > Peinture de Pema Fatya, musée Bharat Bhawan. > Jangarh Singh Shyam, mythique serpent Shesh Naag,
acrylique sur papier, musée Bharat Bhawan. > Ramesh Tekam, An Elephant, galerie Veethi Sankul.
> Statuettes en bois, îles Andaman et Nicobar, galerie Veethi Sankul.
> Parvati Bai, claustra en argile, musée Bharat Bhawan. > Statues en terre cuite dans la cour du Vidhan Sabha.

Jour 2 > Décollage prévu à 7 heures pour l'étape suivante, Bhopal, à plus de 700 kilomètres de là. D'abord retardés pour cause de brouillard, nous décollons à 11 heures et nous arrivons enfin dans cette ville célèbre à ses dépens pour avoir subi la plus grande catastrophe industrielle au monde, fin 1984. Cette ville abrite deux centres culturels de première importance. D'abord, le National Museum of Mankind (igrms.com) et en particulier sa galerie couverte, Veethi Sankul. Installé à proximité d'un site préhistorique, le musée abrite une importante collection d'art tribal et populaire mise en valeur par la reproduction des habitats des diverses tribus et la mise en scène des objets par les membres même de ces tribus. Ensuite, direction le Bharat Bhavan (bharatbhawan.org) qui propose une belle sélection d'œuvres adivasi, côtoyant celles de nombreux artistes plus contemporains. On y retrouve notamment les tous premiers dessins et peintures de Jangarh Singh Shyam - qu'on verra au quai Branly - réalisés alors qu'il venait juste d'être remarqué par Jagdish Swaminathan, alors directeur du centre. Pour achever la journée, nous avons ensuite été invités par le présidentde l'assemblée législative de l'état du Madhya Pradesh à visiter l'hémicycle durant la séance, à prendre le thé, mais aussi et surtout à admirer la gigantesque fresque panoramique réalisée sur les murs de la cour de l'assemblée, toujours par Jangarh Singh Shyam. Une expression artistique plutôt proche de l'art brut. Pour l'anecdote, nous sommes photographiés et interviewés le Bhopal Journal et le Hindustan Times, deux quotidiens locaux.

Jour 3 > Une nouvelle étape de 800 km nous attend, toujours par avion. Pas d'incident de parcours. Dans l'après-midi, après avoir installé nos bagages à l'hôtel Taj Lands Ends, nous sommes allés nous perdre dans la mégalopole de Bombay pour découvrir les collections de miniatures, de portraits et d'archéologie du musée du Prince de Galles (site internet en rénovation) et dont le nouveau patronyme est le Chhatrapati Shivaji Maharaj Sastu Sangrahalaya. Ceci ne s'invente pas. Le soir, vernissage chic de l'exposition consacrée aux travaux récents de la photographe indienne Dayanita Singh, à la galerie Mirchandani+Steinruecke, ceci pour son exposition « Blue Book » : 36 images en couleurs de paysages industriels stériles, chargées d'émotion et ouvrant un tout nouveau registre pour la photographe qui s'est fait connaître par ses images plutôt intimistes en noir et blanc. Ce sera la seule exposition d'art actuel de ce voyage.

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Kalambipada, au nord de Bombay. > L'artiste Jivya Soma Mashe devant l'une de ses peintures warli sur toile.
> Reliefs autour du village. > Jivya Soma Mashe entouré de ses enfants et petits-enfants.
> Jivya Soma Mashe travaillant à même le sol à l'acrylique sur toile enduite de bouse de vache.

Jour 4 > Départ à 8 heures pour un long voyage en bus sur les paisibles routes indiennes. Nous allons à la rencontre du peintre de la tribu Warli, Jivya Soma Mashe, non loin de Dahanu, dans le village de Kalambipada où il vit depuis l'âge de onze ans, à 150 km au nord de Bombay (durée du voyage : presque quatre heures). Né en 1934, Jivya Soma Mashe a perdu sa mère très jeune et s'est enfermé dans un mutisme total durant plusieurs années, ne communiquant avec l'extérieur qu'à travers des dessins qu'il réalisait à même le sol. Initié à l'art traditionnel Warli par les femmes du village, il a su par la suite faire évoluer cet art grâce à une imagination et une sensibilité hors du commun. Les « chauks», peintures rituelles de mariages - représentant la déesse mère au centre d'un carré entourée de scènes de chasse, pêche et de danse - étaient autrefois le fait exclusif des femmes mariées. Mais c'est aujourd'hui ses fils, Balu et Sadashiv, et ses petits enfants qui sont appelés pour aider à la réalisation de ces peintures murales, preuve s'il en est qu'au-delà de la reconnaissance de Jivya Soma Mashe par le peuple Warli, c'est dorénavant toute la famille qui est considérée comme garante de leur culture. Dans les années 70, le gouvernement indien, conscient du caractère éphémère de l'art adivasi, a incité les artistes comme Jivya Soma Mashe à travailler sur de nouveaux supports tels que la toile et le papier. C'est ainsi qu'il s'est mis à peindre quotidiennement et que ses œuvres se sont essaimées en Inde puis à l'étranger. Lorsqu'il nous a reçus dans la maison familiale (de loin la plus grande du village), il nous a avoué ne pas trop mesurer sa popularité internationale et « apprécier beaucoup voyager à l'étranger parce qu'il y fait moins chaud ». Loin d'avoir perdu son imagination de petit garçon, il préfère aujourd'hui produire de petits formats qui lui permettent « de changer souvent de toile et de raconter les choses qu'il aime » réservant les peintures de grand format aux commandes spéciales. Quand nous lui avons rendu visite, il terminait, assis sur le sol, une grande composition circulaire avec un myriade de fourmis qu'il peignait à l'acrylique, avec un bout de bambou mâché, sur une toile en coton enduite préalablement de bouse de vache. Nous étions loin d'un art contemporain. Mais nous étions dans l'éternité de l'art.

Romain Mounier-Poulat

 

 

Autres maîtres de l'Inde
Du 30 mars au 18 juillet. Musée du quai Branly, Paris
Entrée : 7€. Tél. : 01 56 61 70 00.

 

 
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